Saison 2002-2003
Séance du 11 décembre 2002
Un film de Stephen Frears
avec: Colm MEANEY Larry Donald O’KELLY Bimbo Ger RYAN Maggie, la femme de Bimbo Caroline ROTHWELL Mary, la femme de Larry Neili CONROY Diane, la fille de Larry Ruaidhri CONROY Kevin, le fils de Larry Brendan O’CAROLL Weslie Stuart DUNNE Sam Jon KENNY Gerry Mc Carthy Laurie MORTON La mère de Maggie Marie MULLEN Vera, femme de Weslie équipe technique: réalisation Stephen FREARS scénario Roddy DOYLE production Lynda MYLES directeur photo Oliver STAPLETON directeur artistique Fiona DALY décor Mark GERAGHTY montage Mick AUDSLEY musique Eric CLAPTONet Richard HARTLEY son Brendam DEASY Grande-Bretagne, 1996, 1 h 42 Sélection officielle du Festival de Cannes 1996 Production : Dealy Films, BBC Films, Fox Searlight
Barrytown,, banlieue fictive de Dublin, novembre 1989. Bimbo, le boulanger, retrouve ses amis au pub pour descendre quelques pintes et noyer son chagrin car il vient d’être licencié. Mais il ne peut se résoudre à rester inactif : après avoir même songé à se faire embaucher par Mac Donald, il rachète un vieux « van » pourri et crasseux et entraîne son copain de toujours, Larry, dans l’aventure du Bimbo’s Burger…Pendant la Coupe du Monde de Football, profitant des bonnes prestations de l’équipe nationale, les deux compères commencent à faire des affaires…
L’écrivain Roddy Doyle est un authentique dublinois. Il s’est fait connaître en France lors de la parution en 1993 de son quatrième roman, Paddy Clarke Ha, ha, ha. Mais il avait auparavant publié trois romans réunis dans « la trilogie de Barrytown », The Commitments, The Snapper et The Van. Auteur de théâtre, scénariste pour la télévision et le cinéma, il signe lui-même le scénario de The Van. Un autre roman, La légende d’Henry Smart (Denoël, 2000), est paru en France . La productrice Lynda Myles permettra aux aventures des habitants de Barrytown de devenir trois films, le premier adapté par Alan Parker, les deux suivants par Stephen Frears. Le lien, déjà assez lâche entre les trois romans, devient encore plus ténu dans les films, non seulement du fait du changement de réalisateur, mais aussi du fait des changements d’acteurs. La famille de Sharon dans The Snapper est bien celle de Larry dans The Van, mais seul Colm Meaney, qui interprète Larry, fait partie de la distribution des deux films. Les romans de Roddy Doyle montrent un don inépuisable de la conversation, entretenue par la bière qui coule à flots. Les phrases sont anodines, les situations banales, mais au détour d’une remarque elliptique, on comprend la gêne d’un père chômeur à qui son grand fils vient de laisser un billet de cinq livres. De même, après quelques dizaines de pages de folie chauvine et de communion amicale et éthylique sur fond de matches de Coupe du Monde de football, cette simple phrase qui en dit long sur l’aspect superficiel des « événements » sportifs : « Puis ils se firent battre par les Italiens et on n’en parla plus. » Stephen Frears a merveilleusement compris toute la richesse de ces petites choses de la vie en adaptant Roddy Doyle.
« Avec Doyle, j’ai découvert un monde. Et j’ai été émerveillé. Comme si je découvrais une nouvelle famille. Comme une maison pour vos amis et les gens que vous aimez. » « The Snapper était davantage un conte de fées. The Van est plus réaliste. » Un journaliste demande à Stephen Frears si on devrait apprendre aux gens à s’occuper quand ils sont au chômage. « C’est ce qui se passe en ce moment, non ? je trouve ça plutôt insultant. Je crois qu’il faut plutôt prendre conscience de l’importance du travail dans la vie des gens. Construire une société qui reconnaît ce fait. Vous voulez que je sois sérieux, hein ? les « loisirs » me semblent une idée illusoire. L’état naturel de l’homme, c’est au travail. Je sais que je suis à mon meilleur quand je travaille. Mais je ne sais pas comment résoudre le problème du chômage. Encore que… ça aiderait probablement si on dégageait le gouvernement en place. » (celui de John Major) « Je crois qu’il n’existe pas d’industrie du cinéma britannique. Nos instances sont une plaisanterie, imbéciles et pourries. En revanche, les instances télévisuelles sont excellentes. Je souhaite la disparition de nos instances cinématographiques. Hollywood est une industrie du cinéma. Et vous pouvez voir combien elle est puissante ! En Angleterre, il n’y a qu’une série d’individualités magnifiques. »
C’est bien lui la vraie vedette du film ! Dès le pré-générique sa silhouette se découpe avantageusement en contre-jour ; la dernière image nous le montre abandonné sur une plage ; destin tragique par excellence. Frappé d’être monté trop haut ! Tout cela n’est pas bien sérieux car le ton du film est tout, sauf tragique et la première vision de la « vedette », crasseuse, sans moteur et sans roue, dans le fond d’un jardin piteux, nous ramène à une réalité bien triviale. Mais, même si Larry n’encourage pas son copain Bimbo, à investir dans une telle épave, cela vaut mieux que d’être embauché par MacDonald ! « Ils ne prennent que des jeunes, pas cher payés, qu’ils obligent à porter leur putain d’uniforme ! » (Boîte à gros mots !) On a beau être chômeur et sembler s’être adapté à la situation (Bimbo à Larry : « T’es habitué, toi ! »), on garde tout de même une certaine dignité et seule Mary, la femme bien-aimée et complice des fins de mois difficiles, sait que Larry en a assez du chômage. Malgré la légèreté apparente et voulue, Frears a des idées qu’il entend bien faire passer. Bienvenue aux Bimbo’s burgers ! Voilà les principaux ingrédients du film : le van, les copains, les épouses. Les voici en images : Le van, espace clos, étroit, encombré de marchandises et d’ustensiles de cuisine, impossible à filmer par excellence, pas de recul pour la caméra. De quoi devenir fou, ou faire n’importe quoi. Mettre une couche en beignet ou s’engueuler avec son meilleur copain ! Les copains, ceux qu’on retrouve au pub et avec qui la bière, brune évidemment, est bonne à partager ! L’alcool fait perdre parfois la notion de qui on est. « Je suis Gerry Mc Carthy ! », se répète inlassablement un copain tellement imbibé qu’il n’en est plus très sûr ! Frears filme tout en finesse à l’économie de moyens : que dire de l’amitié ? Des rires sonores qui éclatent brutalement dans le montage coup de poing des deux premières séquences ; quelques pintes et des blagues de comptoir ont fait passer Bimbo du rire aux larmes. Les épouses, Maggie, la brune, femme entreprenante d’un Bimbo qu’elle n’entend pas laisser glisser dans la déprime. Compagne de route par excellence, on la voit pour la première fois assise aux côtés de son mari dans leur voiture. Mary, la douce blonde, chaleureuse, qui enveloppe son colosse de mari de tendresse et déclare des vérités pénibles sans aucune animosité : « Pas de cadeaux pour nous, n’est-ce pas ? », dit-elle à Larry en préparant Noël.