Son teint roux, son ossature marquée et son chic androgyne ne correspondent pas aux critères hollywoodiens, mais, tout en choquant l’Amérique traditionnelle par ses pantalons et sa liaison avec l’homme marié Spencer Tracy, elle impose l’image d’une femme intelligente, active et exigeante.
Elevée à Hartford, Connecticut, par un père urologue, spécialiste des maladies sexuellement transmissibles, et une mère féministe militante, Katherine, participe avec ses sœurs aux manifestations organisées par sa mère. Deuxième de six enfants, apprit de bonne heure à réfléchir et à discuter : en famille on lit Shakespeare, Shaw et Ibsen.
Adolescente, elle vit un drame : elle découvre son
frère aîné, Tom, 14 ans, pendu. Suicide ou accident
? un mystère plane autour de cette mort.
A 11 ans, elle se fait couper les cheveux très court
et veut qu’on l’appelle Jimmy : « Sylvia Scarlett »
est déjà là, avec un caractère que son entourage
trouve intraitable.
Elève moyenne, elle souhaite devenir actrice, s’installe à
Baltimore, suit les cours de Mrs Robinson-Duff et se lie d’amitié
avec une autre élève, Laura Harding.
En 1928, elle débute sur les planches et se marie. Mais son époux l’incite à prendre de l’indépendance pour devenir une star : ils divorcent cinq ans plus tard.
En 1931, elle triomphe à Broadway dans une production de la comédie d’Aristophane, Lysistrata, tout un programme pour une féministe ! George CUKOR lui offre un premier grand rôle dans A Bill of divorcement (Héritage) avec John Barrymore. Elle signe alors avec la maison de production R.K.O et obtient son premier Oscar pour son rôle d’actrice débutante dans Morning Glory en 1933.
près un nouvel échec au théâtre, elle s’installe à Hollywood avec son amie Laura Harding. Elle a une liaison avec Leland Hayward, son agent, qui la quitte pour l’actrice Margaret Sullavan. Bien que nommée à nouveau aux Oscars pour Alice Adams de George Stevens, la plupart des films qu’elle interprète, Mary Stuart et même Sylvia Scarlett sont plutôt des échecs auprès du public, au point qu’un critique, après la sortie de la géniale comédie de Howard Hawks, Bringing up Baby (L’impossible Monsieur Bébé), avec Cary Grant, la surnomme « le poison d’Hollywood ».
C’est en 1940 qu’elle renoue avec le succès populaire grâce à The Philadelphia Story (Indiscrétions). Mais elle a un rêve : tourner avec Spencer Tracy. La Métro Goldwin Mayer lui permettra de le réaliser en 1942 avec Woman of the year (La Femme de l’année) de George Stevens. C’est le début d’une histoire d’amour qui durera 27 ans et 9 films, dans la discrétion ; car Spencer Tracy est marié jusqu’à la mort de l’acteur en 1967, dix-sept jours après la fin du tournage de Guess who’s coming to Dinner (Devine qui vient dîner), que Katherine Hepburn n’a jamais eu le courage de voir.
Sa carrière s’est aussi poursuivie indépendamment
de Spencer Tracy : The African Queen de John Huston avec Humphrey Bogart
ou Summertime (Vacances à Venise) de David Lean. On est en 1955,
l’actrice a souvent incarné des rôles de femme indépendante
mais vulnérable en amour, mais l’âge venant, elle se
remet en cause et revient souvent au théâtre dans les années
50.
La fin de sa carrière semble multiplier les rencontres extraordinaires
: avec Peter O’Toole dans The Lion in Winter (Un lion en hiver), elle
est la reine Aliénor d’Aquitaine et remporte un nouvel Oscar
; avec la tragédienne grecque Irène Papas pour Les Troyennes
; avec John Wayne pour le western Rooster Cogburn ; avec Sir Laurence Oliver
pour un téléfilm de George Cukor, son réalisateur fétiche
: et enfin avec Henry Fonda pour On Golden Pound (La Maison du Lac), son
quatrième Oscar, un record jusqu’ici inégalé...
«Aucun ne sait mieux que Cukor tirer le parti maximum de son tempérament
volcanique, et en même temps le plier aux exigences du film. Avec lui,
elle donne de manière brillante, quoique toujours sans ostentation
déplacée, toute la gamme des sentiments, elle fait jouer toutes
les ressources de l’art du comédien. Elle les mets au service
de rôles où elle incarne longtemps une jeune file pétulante,
un peu garçon manqué mais plus jolie qu’il n’y paraît
d’abord, au cœur plus tendre qu’elle ne veut l’admettre,
et finalement triomphante ; ou une jeune femme aux prises avec un drame que
sa force de caractère et sa volonté lui permettent de dominer.
»
Frédéric Mittérand, Les N°1 du cinéma, éd.
Fixot
| date | GEORGE CUKOR | KATHERINE HEPBURN | SPENCER TRACY |
|---|---|---|---|
| 1931 | A Bill of Divorcement (Héritage) avec John Barrymore | ||
| 1933 | Little Women (Les Quatre filles du Dr March) | ||
| 1935 | Sylvia Scarlett, avec Cary Grant | ||
| 1938 | Holiday (Vacances) | ||
| 1940 | The Philadelphia Story (Indiscrétions),) avec Cary Grant et James Stewart | ||
| 1941 | Woman of the Year (La Femme de l’année),de George Stevens | ||
| 1942 | Keeper of the Flame (La Flamme sacrée) | ||
| 1945 | Without Love (Sans amour) de Harold S. Bucquet | ||
| 1947 | The Sea of Grass (Le Maître de la prairie), d’Elia Kazan | ||
| 1948 | State of the Union (L’Enjeu), de Franck Capra | ||
| 1949 | Adam’s Rib (Madame porte la culotte) | ||
| 1952 | Pat and Mike (Mademoiselle Gagne-Tout) | ||
| 1957 | The Desk Set (Une Femme de tête), de Walter Lang | ||
| 1967 | Guess who’s coming to Dinner (Devine qui vient dîner) de Stanley Kramer | ||